11.02.2020

Fujifilm GFX 50S/R : la claque

J’ai eu la chance d’essayer ou de posséder pas mal d’appareils photo de marques différentes, au fil des ans ; et pourtant, j’ai pris une claque monumentale avec ces Fujifilm GFX 50S / GFX 50R.

Je m’attendais à quelque chose de différent avec ce capteur plus grand. J’avoue avoir eu certaines craintes avant de commencer cette journée (septembre 2017) en compagnie du GFX 50S ; en particulier à cause de la taille du capteur et des micros-tremblements liés. Comme je ne comptais pas utiliser un trépied, il allait me falloir une vitesse d’obturation suffisamment élevée afin d’éviter les flous disgracieux. Après 1200 photos, je peux affirmer qu’aucune photo n’a été ratée à cause de l’appareil ou d’un quelconque tremblement.

J’ai utilisé le GFX 50S avec l’objectif
GF 120mm F4 macro et le GF 63mm F2.8 pour des portraits et des détails de robes de mariée destinés au lookbook de Melody Nelson. J’avais quelques heures, montre en main (mille millions de mercis à mon ami Cédric) pour étrenner la bête et voir ce qu’elle avait dans le ventre.

Quant à la version 50R, je l’ai utilisée quelques mois durant, à partir de mars 2019, pour mon usage personnel et principalement du portrait en lumière naturelle, accompagné du GF 63mm F2.8 et du formidable
GF 110mm F2.0.

Levons le voile du suspense : j’ai été conquis. Malgré cela, je vais rester le plus objectif possible car le GFX n’est pas exempt de défauts.

Je ne vais pas non plus faire une longue comparaison entre les versions S et R car à part la forme et quelques détails, ils sont identiques, en ce qui concerne le résultat tout du moins.
Pari réussi ?
Fujifilm a-t-il réussi son entrée dans le monde du moyen-format ?

Ergonomie

Le GFX 50S souffre, si je puis dire, du même défaut que son petit frère, le X-T2 : la prise en main est bonne, mais dix fois meilleure si on lui adjoint sa poignée (non comprise – comptez plus de 650 € pour le GFX et plus de 300 € pour le X-T2…).
Fort heureusement, j’ai eu la chance de pouvoir essayer un GFX 50S avec poignée. La prise en main est donc vraiment (très) bonne, même si le poids de l’ensemble commence à se faire sentir dans les poignets.
Le GFX 50R ressemble, quant à lui, à un (très) gros X-Pro2/
3. La préhension est agréable, mais dû au poids plus élevé de l’appareil et de l’objectif, il est aussi plus “fatigant” sur la durée. Rien de très grave ni dérangeant.

Les boutons sont bien placés, point de gymnastique de doigts pour atteindre tel ou tel réglage. L’absence de “D-Pad” ne m’a jamais gêné puisque le joystick est présent et efficace.

Le GFX 50S/R est un vrai Fuji et on retrouve très vite ses marques. Il est extrêmement simple de passer du X-T2 au GFX, et vice-versa, tant les appareils sont proches : menus, boutons, réglages sont presque semblables. Pas de surprises donc.
Sur le GFX 50S, seul bémol légèrement ennuyant : le bouton “Play” qui permet de visionner les images est placé trop près de l’EVF et donc difficile d’accès.

Fujifilm X-Pro3
Fujifilm X-Pro3

EVF/écran

Quelque soit la version : S ou R, les deux GFX 50 ont chacun un viseur OLED de 3,69 millions de pixels pour notre plus grande joie et confort ; car c’est avant tout de cela qu’il s’agit. Le dégagement oculaire est parfait, y compris sur le 50R qui a pourtant un œilleton plus petit, mais aucun problème à ce niveau. La vue est claire et dégagée.

Le 50S, quant à lui, a un viseur amovible, en option (EVF-TL1). Ce dernier permet, par exemple, si l’appareil est posé sur le sol, de viser à la verticale : extrêmement pratique.
Le viseur d’origine n’a rien à lui envier. Grand, clair et confortable, c’est un pur plaisir à utiliser, même si le
GFX 100 (la version 100 millions de pixels) dispose d’un viseur de plus de 5 MP de résolution… miam !

Dans tous les cas, l’EVF couvre 100% de la vue, tout comme l’écran arrière de 3,2 pouces et de 2,36 MP. Il est tactile et inclinable : 3 axes sur le GFX 50S et 2 axes sur le GFX 50R.
Qu’on utilise l’EVF ou l’écran LCD arrière, le rendu des couleurs est parfaitement fidèle et ne souffre, à mes yeux, d’aucun défaut particulier.

Qualité d’image

LE point fort des appareils moyens formats et les GFX 50S ou R ne dérogent pas à la règle : stellaire ! Les fichiers RAW des appareils ont pris un certain embonpoint par rapport aux X-T2/Pro2 et consorts. Comptez 150 Mo par photo brute, en moyenne.
Bien entendu, sur le web et en particulier sur Instagram, je ne pense pas que cette qualité d’image vous sautera forcément aux yeux. Par contre, sur grand écran (pas une télévision!), les fichiers des GFX vont vous scotcher.

Les 51 millions de pixels offrent un rendu d’image que j’ai rarement vu voire jamais pu voir auparavant. Des dégradés à baver, une profondeur et richesse des couleurs ainsi qu’une justesse à tous niveaux ; sans parler du piqué et de la patte des couleurs Fujifilm.
C’est un sans faute.

Je n’ai pas testé en profondeur la montée en hautes sensibilités. Non, car j’ajoute du grain sur mes images tant je trouve que cela ajoute du caractère aux photos. Je ne cherche donc pas l’image parfaitement lisse à 50 ISO. A vrai dire, je n’en ai cure. Les hauts ISO des GFX ne m’ont pas semblé moins bons que ceux des Fujifilm X, malgré leur grand capteur, que du contraire.

Autofocus

Jusqu’à présent, c’était un sans-faute sur les GFX 50S ou R.
Je vais être franc, l’autofocus des GFX est lourd, pataud et patine vite dans la choucroute. Bien évidemment, chacun sait que ce n’est pas le type d’appareil qu’on achète pour la photo de sport.
Je ne dirais pas que l’AF est mauvais, mais dès qu’il s’agit de capter du mouvement, on atteint vite les limites des appareils et des objectifs qui perdront vite la boule.

Ce que j’aime

  • Sa qualité d’image : parfaite. Trêve de blabla, c’est top, sur petit ou grand écran (même si c’est bien mieux sur grand écran).
  • Son ergonomie : excellente prise en main, dans deux styles différents. Même avec une forme de brique, le GFX 50R est confortable et aussi bien plus discret que le GFX 50S qui a un look bien plus reflex et bodybuildé. Les deux appareils sont bien pensés.
  • Son EVF : grand, clair, juste et confortable. En particulier l’option amovible de 50S.
  • Son prix : aux alentours de 5000 €, c’est certes un budget, mais c’est tout à fait abordable pour du moyen format et une telle qualité d’image. Les prix ont encore baissé depuis.
  • Les objectifs GF : j’étais amoureux des objectifs XF, je suis dingue des GF (objectifs destinés aux appareils GFX). Gros et lourds, mais délicieux de qualité et de précision. Mention spéciale au GF 110mm F2 : une tuerie.

Ce que je n’aime pas

  • Son prix : avec plus de 5000 € sur la balance (S ou R), on parle d’un beau budget à prévoir. Néanmoins, dans le monde du moyen format, c’est ultra abordable car jusqu’à présent, les prix tournaient et tournent toujours autour des 15 000 € (et largement au-delà).
  • Le prix des objectifs GF : avec une moyenne de 2000-2500 €, ils ne sont pas à portée de toutes les bourses. La qualité a un prix. Sévère dans ce cas-ci.
  • Les contraintes du système : voir ci-après.

Les contraintes

Grand capteur implique gros fichiers et par conséquent quelques contraintes.
Pas question, avec un GFX ou un appareil moyen format, de développer vos images sur un ordinateur d’entrée de gamme. Non, il souffrirait bien trop et vous ne seriez pas efficace. Chaque fichier étant gros et lourd, il nécessitera une certaine puissance de calcul ainsi qu’une bonne carte graphique.

Il s’agira aussi d’être propriétaire d’un écran de bonne qualité car, à nouveau, avec des images d’une telle richesse, ce serait dommage de les massacrer sur un écran bas de gamme aux teintes légèrement verdâtres.

Certaines contraintes sont aussi liées à la taille du capteur en lui-même. Un grand capteur sera plus sensible aux tremblements. Il est d’ailleurs souvent conseillé d’utiliser ce type d’appareils sur un trépied. Très honnêtement, je n’ai pas utilisé les GFX avec un trépied ; je n’aime pas ça. Je n’ai pas constaté de problèmes liés aux tremblements, tant qu’on pense à garder un couple vitesse/type de focale relativement raisonnable.

Le budget sera aussi, pour pas mal de gens, un frein. Bien que pour du moyen format, cela reste “abordable”, un système de base vous en coûtera ± 10 000 € (1 appareil + 2 objectifs).

Le mot de la fin

C’est un autre monde.
Encore plus “marché de niche” que le Fujifilm
X-Pro3, le GFX 50S/R est un appareil à part. Nouveau dans la gamme chez Fujifilm qui, au passage, réussi un coup de maître, en proposant un appareil moyen format aux alentours de 5000 €, sans transiger sur la qualité. C’est du jamais vu.

Que ce soit au niveau de la fabrication, de la qualité des images, des objectifs, c’est un quasi sans fautes sur toute la ligne.

Reste que ce type d’appareil ne se destine pas à toutes et tous. En effet, cela a un coût, mais il faut aussi et surtout en avoir l’utilité. J’ai été très chanceux de pouvoir en posséder un durant quelques mois, mais j’ai vite compris que cela ne convenait pas à mon usage car je préfère la compacité et la réelle portabilité du système X chez Fujifilm.
Cela nécessitait aussi et surtout d’adapter ma façon de travailler et la quasi totalité de mon matériel informatique (voir plus haut).

Fujifilm est parvenu à réaliser ce que beaucoup de marques ont rêvé sans y parvenir. Un magnifique tour de force (dans un gant de velours). Pari réussi.

N.B. La rédaction de cet article a commencé en octobre 2017.

Lien(s) intéressant(s)

Fujifilm GFX 50S/R
Fujifilm GFX 50S/R
Fujifilm GFX 50S/R
Fujifilm GFX 50S/R
Fujifilm GFX 50S/R
Fujifilm GFX 50S/R
Fujifilm GFX 50S/R
Fujifilm GFX 50S/R
Fujifilm GFX 50S/R
Fujifilm GFX 50S/R
Fujifilm GFX 50S/R
Fujifilm GFX 50S/R
Fujifilm GFX 50S/R
Fujifilm GFX 50S/R