23.03.2020

Fujifilm X-Pro1 : 8 ans après

À l’ère du numérique, huit ans équivalent à un siècle, ou presque.
Vieux, dépassé, daté, passé de mode ; c’est ce que beaucoup d’entre vous se sont dit en lisant l’intitulé de l’article.
Il y a peu, je cherchais un second appareil photo, en complément du X-Pro3, pour diverses raisons.
Par contre, n’étant plus professionnel, je n’avais pas besoin de deux appareils récents. En résumé, aucune nécessité d’un second X-Pro3 ou d’un X-T3/4.
Comme je ne voulais pas exploser mon budget, je me suis mis à la recherche d’une alternative.

Du côté de l’occasion

Grande première pour moi car je n’ai jamais rien acheté d’occasion.
Le
X-Pro2 est le premier à m’être venu à l’esprit. Malgré les années, même “usé”, son prix reste assez élevé : aux alentours de 850 €.
J’ai ensuite pensé au
X-E3, neuf ou d’occasion, peu importe. Il se trouve neuf aux alentours de 600 € et très difficilement d’occasion. Hors budget, je passe à autre chose.

Petit à petit, l’idée d’un
X-Pro1 a commencée à germer dans ma tête. Son “grand âge” ne m’inquiétait pas.
Même sans m’être renseigné, j’imaginais que son prix allait être intéressant. Je ne m’y étais pas trompé ; on peut le trouver entre 300 et 500 €. Certes, certains exagèrent avec les prix ; du moins, ils essaient… (d’attraper un pigeon.)

En regardant la liste d’occasions de
Photogalerie, je tombe sur un modèle à 350 €. Je demande à le voir et la chance me sourit : il est en très bon état. Le X-Pro1 est fourni avec sa boîte, ses accessoires d’origine (chargeur, batterie, sangle, etc.) et a peu servi durant ses 8 premières années.
Bien sûr, il comporte quelques marques d’usure et c’est parfaitement normal. Ca lui ajoute même un certain charme.
J’ai eu un premier X-Pro1, accompagné du désormais fameux
35mm F1.4, en 2012, dès qu’ils ont été disponibles à la vente.
Par la suite, j’ai cédé aux sirènes de la nouveauté et de la performance avec le
X-T1 et consorts…
Ce n’était que partie remise.

Ce qui a changé depuis 2012

Pour résumer : un tas de choses.

En quelques années, les appareils Fujifilm et les autres marques d’appareils photo, de manière générale, ont beaucoup évolué. Très haute sensibilité, incroyable qualité d’image, taille et poids des appareils et des objectifs et j’en passe, mais ce n’est pas le sujet de cet article.

Le X-Pro1 a été le premier appareil de la gamme X chez Fujifilm à avoir la possibilité de changer d’objectif. Son prédécesseur, le
X100 avait, lui, un objectif fixe.
Le nombre d’
objectifs XF a lui aussi nettement augmenté avec le temps. Lorsque le X-Pro1 est sorti, il existait 3 objectifs : 18mm F2, 35mm F1.4 et 60mm F2.4 Macro.

En plus des objectifs, Fujifilm a aussi largement étoffé sa gamme d’appareils photo X, avec de beaux “hauts” et quelques jolis “bas” (je vous laisse juges) ; sans oublier la gamme moyen format
GFX.
Le X-Pro1 est-il toujours “dans le coup” en 2020 ?

Ergonomie

Je vais commencer par un des rares points négatifs que j’ai pu observer sur le X-Pro1 : l’absence de joystick.
En effet, il n’a été introduit que plus tard, sur le X-Pro2. Le X-Pro1 dispose quant à lui de quatre flèches directionnelles. Elles sont pratiques pour naviguer dans les menus, mais nettement moins pour changer la mise au point.
Pour ce faire, il faut d’abord cliquer sur la flèche du bas puis ensuite sur l’une des trois autres afin de changer le rectangle vert de mise au point dans le viseur. Il est heureusement possible de dédier la touche “AF” (coin inférieur gauche de l’appareil) à cet effet. La flèche directionnelle du bas pourra donc servir à un autre raccourci. Le X-Pro1 n’a d’ailleurs que de deux touches de raccourcis personnalisables. Pour comparaison, l’actuel X-Pro3 a trois fois plus de touches de raccourcis paramétrables (écran compris).
En parlant du menu, il est moins fourni que l’actuel voire même plus simple. Il n’y a pas moins de lignes, juste moins d’options ; rien qu’au niveau des simulations de films : ± deux fois moins.

La protuberance à l’arrière droit de l’appareil permet de poser confortablement le pouce pour une meilleure préhension. L’écran ne pouvant pas bouger, il ne ressort quasiment pas de l’appareil qui est donc plus plat que le X-Pro2/3 ; et très franchement, je préfère un écran fixe. Celui du X-Pro1 n’est pas tactile, comme l’est celui du X-Pro3.
Mais où est donc passée la molette ?
Ici, pas de molette destinée au réglage de la sensibilité (ISO). Pour modifier la sensibilité, j’utilise la touche “Fn” située sur la partie supérieure droite de l’appareil.
Il y a une molette pour la vitesse, limitée à 1/4000e de seconde (1/8000e sur les X-Pro2/3) et il n’y a pas non plus d’obturateur électronique qui permet de monter à 1/32 000e de seconde. Ceux ou celles qui voudront photographier à F1.2 avec le
56mm, en plein soleil, devront utiliser un filtre ND ou simplement fermer le diaphragme.
La molette de compensation d’exposition varie de -2 à +2 contrairement aux appareils récents : -5 à +5.

Comme sur bon nombre d’appareils Fujifilm X : le bouton ON/OFF est bien trop mou. Un simple petit mauvais geste en rangeant votre appareil dans votre sac photo et l’appareil se rallume seul… au revoir la batterie. Pour information : le “problème” subsiste toujours sur le X-Pro3.
Comme je le disais dans
l’article sur le X-Pro3 :

“Pour ma part, je trouve le bouton d’allumage un peu “mou”. Si vous ne prenez pas garde en rangeant l’appareil, vous risquez de le rallumer sans vous en rendre compte. Dommage…
Pour le reste, tout me semble bien placé/pensé et solidement attaché. La philosophie X-Pro demeure intacte.”


Contrairement au X-Pro3, la carte SD du X-Pro1 est logée sous l’appareil, juste à côté de la batterie. Très honnêtement, c’est mal foutu et compliqué d’accès. De plus, le X-Pro1 n’a qu’un seul logement SD au lieu de deux sur le X-Pro2/3.
À l’heure actuelle, je n’ai pas constaté de différence de confort entre le X-Pro1 et le X-Pro3. Il me semble que la prise en main de la version 3 est subtilement meilleure. Il y a bien entendu quantité d’évolutions en huit ans, mais la philosophie X-Pro d’origine est toujours très présente et bien ancrée dans l’ADN des appareils.

Fujifilm X-Pro1
Fujifilm X-Pro1

Qualité d’image

C’est ici que le bas blesse… du moins, c’est ce qu’on serait tenté de penser après huit années d’évolution. Bien entendu, il y a des différences et heureusement.
Globalement, je trouve le rendu et la qualité d’image du X-Pro1 ahurissants pour un appareil de son âge. J’ai été étonné et me suis surpris à avoir du mal à reconnaître les images du X-Pro1 et du X-Pro3 mélangées. Néanmoins, il y a quelques subtilités difficilement visibles pour un oeil non averti.
Bien qu’entre les deux appareils, plusieurs évolutions du capteurs/processeurs entrent en jeu : CMOS X-TRANS 1/EXR PRO (X-Pro1) > X-TRANS CMOS 4/X-Processor 4 (X-Pro3), je ne vais sûrement pas m’attarder à les comparer bêtement (et inutilement).
Outre la définition qui passe de 16 à 26 MP, la plage de sensibilité plus élevée sur le X-Pro3 : de 80 à 51 200 ISO contre 160 à 25 600 ISO sur le X-Pro1 et la quantité de simulations de films, il y a peu de différence dans les rendus et la qualité d’image pure et dure. Le X-Pro1 n’a pas à pâlir devant son petit frère plus “évolué” ; très impressionnant.

Sensibilité

Étant adepte de l’ajout de grain sur mes images, je peux difficilement être objectif quant à l’absence de celui-ci sur les images directement sorties des capteurs des appareils. Je ne cherche pas à avoir l’image la plus lisse et propre possible pour le genre de photo que je prends. Je cherche à avoir du caractère et une certaine ambiance sur mes images et le grain y est pour beaucoup.
De mon point de vue, le X-Pro1 s’en sort plutôt bien si on cherche à obtenir une image sans bruit numérique (grain). Jusqu’à 1600 ISO voire même 3200 ISO, le grain est plaisant et la photo reste parfaitement utilisable pour le maniaque de l’image propre. Ses successeurs font mieux dans ce domaine, mais une fois encore, chacun devra y trouver sa manière de faire et voir. Je monte assez rarement en sensibilité, donc je ne suis pas à la recherche d’un appareil qui peut photographier, sans grain, une chauve-souris dans l’obscurité la plus totale.
EVF
Ne tournons pas autour du pot, c’est sur ce point précis que l’on constate la plus grosse évolution entre le X-Pro1 et ses différents successeurs. La taille ainsi que la définition et par conséquent le confort d’utilisation ont été profondément améliorés.

X-Pro1 — X-Pro2 — X-Pro3

  • Taille EVF (pouces) : 0,47 — 0,48 — 0,50
  • Type EVF : LCD — TFT (LCD) — OLED
  • Définition (MP) : 1,44 — 2,36 — 3,69
  • Rafraîchissement (im/sec) : 54 — 85 — 100
En son temps, en comparant les X-Pro1 et X-Pro2 avec leurs pendants de la gamme X-T, j’ai toujours préféré l’EVF des X-T (1 et 2) pour leur confort. À l’heure actuelle, je trouve les progrès faits à ce niveau sur le X-Pro3 sont remarquables. Pour la taille de l’oeilleton, les X-T seront toujours supérieurs de par leur configuration physique. Néanmoins, sur le X-Pro3, le confort est au rendez-vous, avec des lunettes, même comparé au X-T3.
Par contre, sur le X-Pro1, c’est nettement moins commode et en particulier si on utilise le X-Pro3 en même temps. La taille de l’EVF est vraiment petite. Cela reste utilisable sans trop de soucis. Toutefois, rappelons-nous aussi et surtout qu’en 2012, c’était une belle prouesse.
On pourrait facilement devenir critique et blasé avec le temps, mais en remettant les choses dans leur contexte, il est encore facile de s’émerveiller pour des petites choses. Dans le cas du X-Pro1, on peut franchement se dire qu’un EVF de cette qualité en 2012 était vraiment un bel exploit et s’étonner qu’en 2020, il fonctionne toujours aussi bien.

Autofocus

Sur ce dernier point, bon nombre d’améliorations sont arrivées avec le temps. En 2011, l’autofocus des Fujifilm X était catastrophique ; j’assume ce mot. Cet autofocus ne se gênait pas le moins du monde pour patiner dans la choucroute à la moindre occasion ; lent et surtout très hésitant.
Tout en poursuivant la philosophie
Kaizen, Fujifilm a continué à développer de constantes améliorations au fil des mises à jour firmware.
De lent, l’AF du X-Pro1 est devenu convenable au fil du temps (firmware actuel : version
3.81). La dernière mise à jour datant de février 2020…
En parlant d’évolution et amélioration continue, vous connaissez beaucoup de marques qui fonctionnent de cette manière ?
Pour du portrait et autres sujets calmes, l’AF du X-Pro1 convient bien. Il n’est ni rapide ni lent. Sachant que je ne n’utilise pas les derniers objectifs en date, je ne suis pas à la pointe de la vitesse.
D’après mes observations, l’AF se comporte mieux avec le 35mm F1.4 qu’avec le 56mm F1.2. La masse optique de ce dernier étant sûrement plus difficile à déplacer à l’intérieur de l’objectif. N’espérez pas faire des photos de sport facilement avec le X-Pro1, il n’a pas été conçu pour ça. Je ne dis pas que c’est impossible…

Vidéo

N’utilisant jamais, au grand jamais la fonction vidéo des appareils photo, je ne vais pas me risquer à vous en parler. Je serai franc, je n’y connais pas grand chose dans ce domaine car cela ne m’intéresse pas, tout simplement. D’autres l’ont fait, le font et le feront mieux que moi. Il suffit de chercher un peu.
Tout ce que je sais est que l’appareil ne filme pas en 4K, comme le font les X-Pro3, X-T3/4. Il se contente de filmer en HD (1080).

Ce que j’aime

  • Son côté attachant : il m’a permis de me rappeler qu’on peut encore être étonné, comme un enfant ;
  • Son prix en 2020 (± 350 €) ;
  • Sa qualité d’image : grandiose… et vu son âge, c’est surprenant ;
  • Sa facilité d’utilisation : peu de boutons, pas de chichis ;
  • Sa montée en sensibilité assez propre ;
  • Ses menus clairs et simples ;
  • Sa discrétion : le X-Pro1 est on ne peut plus discret ;
  • La philosophie Kaizen de Fujifilm ;
  • Sa qualité de fabrication : après huit ans, aucun défaut de construction/fabrication visible ;

Ce que je n’aime pas

  • Son autofocus : pas des plus performants, juste correct ;
  • Son EVF : un peu petit pour celle ou celui qui porte des lunettes, mais qui reste tout à fait utilisable ;
  • Son emplacement pour carte SD : sous l’appareil, juste à côté de la batterie ; qui n’est absolument pas pratique ;
  • Bouton ON/OFF un peu mou ;

Le mot de la fin

Acheter un X-Pro1 de presque huit ans en 2020 n’est ni un pari ni une évidence.
Bien que le prix ne soit pas follement élevé, cela reste une certaine somme voire une somme certaine. Toutefois, l’achat de ce X-Pro1 était réfléchi.
J’avais besoin d’un second appareil, de la marque que j’utilise, sans monter dans les prix, chose qui arrive vite en photo ; et le X-Pro1 m’a paru être le choix le plus sage.

Evidement, quand il s’agit du X-Pro1, on ne parle pas de la dernière
Ferrari hybride en terme de performances, mais d’un modèle plus ancien, par exemple la 308 GTS de la série “Magnum”. Pas vieux donc, juste ancien.
Malgré son “grand âge”, je le trouve toujours d’actualité et tout à fait utilisable , le gaillard est toujours vaillant. Attention toutefois à ne pas l’acheter pour une utilisation sportive.

Le plus surprenant, pour ma part, est l’incroyable qualité d’image. C’est fou de se dire que Fujifilm était déjà à la pointe de la science des couleurs en 2012 car le X-Pro1 n’a pas à rougir face à la concurrence actuelle. J’exagère à peine. Je ne constate pas de différence entre le X-Pro1 et l’actuel X-Pro3, en terme de couleurs. Le rendu, lui, est différent. Chaque couple appareil/objectif ayant sa propre “patine”.

Ce vieux X-Pro1 m’a prouvé qu’il ne faut pas forcément toujours courir derrière la dernière nouveauté. Même si j’aime les gadgets et l’effet du neuf, il m’a convaincu des avantages de l’occasion, dans certains cas, et de l’intérêt de la technologie plus ancienne afin d’obtenir un rendu différent.

Le X-Pro1 est-il donc toujours “dans le coup” en 2020 ? Ma réponse sera un très grand oui.

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