09.11.2019

En attendant le Fujifilm X-T3

En 2013, j’utilisais des appareils Nikon et j’en étais très satisfait.
Puis, un jour, alléché par un appareil Fujifilm, moins coûteux que son grand frère : le
X-PRO1, je me suis laissé tenter.
Le
X-E2 est l’appareil qui a tout boulversé : mes habitudes, mes repères, mon confort. Même si durant l’année précédente j’avais eu l’occasion de tester en profondeur le X-PRO1.

L’épopée des X-T

Le X-T1 est ensuite arrivé. Rempli de belles nouveautés et de grandes promesses ; certaines tenues, d’autres un peu moins, mais qu’importe. Il avait de magnifiques atouts et surtout me confortait de le choix que j’avais fait quelques mois plus tôt.
Le X-T1 a été l’appareil que j’ai le plus utilisé dans ma vie de photographe (tant en professionnel qu’en amateur).

Je l’ai emmené partout à travers la Belgique, la France, ainsi qu’aux Etats-Unis et au Mexique, dans des conditions de chaleur et d’humidité assez délirantes. Jamais il ne m’a fait défaut, quelle que soit la situation et les longues heures de reportage.
Hors, le X-T1 était alors considéré par beaucoup (ils vont nier) comme un appareil d’amateur (l’insulte suprême ?).
Puis, un jour, sans prévenir, le successeur du X-T1 débarque pour le remplacer. Le
X-T2 était né.

Dire que Fujifilm est à l’écoute est un doux euphémisme. Tout ce qui n’allait pas sur le X-T1 avait été corrigé ; les boutons un peu mous, les trappes lâches, etc.
J’avais eu l’occasion de le tester, accompagné du fabuleux
100-400mm, lors d’une après-midi à Louvain-la-Neuve. Littéralement impressionnants, l’appareil comme l’objectif.
Le changement majeur venait, pour ma part, de l’autofocus : plus vif, nerveux, précis. Un avion de chasse ! Fujifilm commençait à voir le bout du tunnel pour ce qui concernait le défaut majeur de ses appareils : l’AF.

Cette fois, pour le
X-T3, Fujifilm a relevé ses manches pour revoir sa copie en profondeur. Changement de processeur : X-Processor 4 et surtout nouveau capteur : X-Trans CMOS 4. Le capteur passe donc de 24 à 26 millions de pixels. Sur papier, ça ne change pas grand chose, disons juste que le X-T3 est diablement plus véloce, à tous niveaux.

Fujifilm X-Pro1
Fujifilm X-Pro1

Prise en main du X-T3

Selon moi, peu de changements visibles. Quelques détails par-ci, par-là.
Il me semble que la poignée est légèrement plus proéminente. Bien qu’on soit encore loin du confort de celle du X-H1 (ce sera pour un autre
article).
Les molettes de vitesse, de sensibilité et de correction d’exposition sont toujours bien présentes et bien pratiques. J’ai senti une grande amélioration quant à leur sensibilité ; elles sont plus résistantes aux faux mouvements. Il est aussi possible de les bloquer grâce au petit bouton poussoir (vitesse et sensibilité).

Viseur/écran

J’ai connu les différentes évolutions des EVF (viseurs électroniques) des Fujifilm X. Pour être honnête, à l’époque du X-PRO1 (2012), j’étais déjà conquis par ce petit écran qui permettait de voir ce que l’on s’apprêtait à photographier (What You See Is What You Get). Bien sûr, son EVF était loin de celui de l’actuel X-T3, mais c’était déjà tellement mieux et confortable que le viseurs optiques traditionnels.
Tout le monde ne partage pas cet avis, mais voilà, il faut savoir vivre avec son temps.

Avec les années, Fujifilm a largement amélioré ses viseurs électroniques pour plus de confort et de rapidité. Celui du X-T3 ne déroge pas à la règle, le confort du grand oeilleton couplé au 3,69 millions de pixels du petit écran intégré et au taux de rafraîchissement de 100 images/seconde, c’est le paradis. Pas de saccade, de tremblement, d’imprécision ; c’est parfaitement fluide et surtout fidèle à la réalité.

Fujifilm a même ajouté une option pour activer un système anti-scintillement lié aux éclairages LED. Ça n’altère pas la photo, mais c’est très désagréable à l’oeil. C’est donc en grande partie corrigé.

Les différentes options d’affichage : niveau de la batterie, histogramme, nombre de vues, simulation de film choisie, niveau électronique, etc. sont bien entendu actionnables ou non.

L’œilleton du X-T3

Pour les porteurs de lunettes, comme moi, l’œilleton est d’un grand confort et offre un excellent dégagement oculaire. En son temps, c’est l’oeilleton du X-PRO2 qui m’avait poussé à le vendre pour le X-T2, nettement plus confortable. Je ne vous parle même pas de celui du Leica SL/2, un pur bonheur, mais c’est une autre gamme de prix.

L’écran du X-T3 est désormais tactile. Cela ajoute donc quatre raccourcis programmables supplémentaires ainsi que la possibilité de déclencher si votre position ne permet pas de mettre votre oeil sur le viseur électronique. Seul petit hic, votre nez peut facilement déclencher lui aussi. L’option tactile est heureusement désactivable.
Comme avant, l’écran est toujours orientable, horizontalement et verticalement. Pratique pour les acrobates.

Autofocus

C’est avec ce point précis que le X-T3 est entré dans la cour des grands.
Pour ma part, avec les années, c’est le point (noir) des appareils Fuji X qui a été le plus amélioré. Je ne vais pas me hasarder dans de douteuses comparaisons : Nikon D5 vs Canon 1Dx Mk II vs … vous me suivez ?

Le X-T3, dans sa gamme de prix et sa position compte parmi les meilleurs. Si vous souhaitez vous abreuver de chiffres, c’est par
ici.

Mon usage actuel ne nécessite pas un autofocus digne de courses de F1. Néanmoins, à l’époque où je photographiais des dizaines de mariages par an, j’admets que je n’aurais pas craché sur l’AF du X-T3. Bien que celui des X-T1, X-E2 et compagnie ne m’ont jamais vraiment gênés. Comme je l’ai dit dans d’autres articles, l’AF qui patinait dans certaines conditions délicates ne m’a jamais fait rater de photos ; c’est plutôt mon manque de réactivité qui en était responsable.

Quoi qu’il en soit, il est bon de savoir que Fujifilm est conscient de ses lacunes et travaille dur pour les améliorer, y compris sur les anciens appareils. Prenez le X-T1 à ses débuts et à l’heure actuelle et vous comprendrez ce qu’évolution veut dire.

Autonomie

Encore un point qui fâche sur les appareils mirrorless((Appareil sans miroir, à l’opposé des reflex)) : l’autonomie. Sans vouloir être encore une fois contradictoire, c’est quelque chose qui ne m’a jamais vraiment posé problème avec les Fuji X. La marque annonce 390 photos par charge sur le X-T3 couplé au 35mm F1.4. Après mon premier test, j’ai pu faire 487 photos avec une batterie chargée à 100%. Cela fait donc presque 100 photos de plus qu’annoncé officiellement. Il en va de même avec le X-H1. J’ai pu faire quasi 30% de photos de plus avec une batterie.
Pour les photographes qui pratiquent le reportage, quel qu’il soit, je ne saurais trop conseiller d’acquérir quelques batteries supplémentaires (pour la tranquillité d’esprit).

Qualité d’image

Avec ce nouveau capteur, je craignais non pas pour la qualité d’image, mais d’obtenir un rendu différent. Fort heureusement, il n’en est rien. Que vous utilisiez un Fuji X-T1, X-T2 ou X-T3, vous obtiendrez ce merveilleux rendu d’image si fidèle aux appareils Fujifilm X.
Il faut dire aussi que les optiques ne sont pas étrangères à ce résultat. Ayant eu la chance de pouvoir posséder un
Leica Summilux 50mm F1.4, je peux vous garantir que la qualité optique y est pour beaucoup dans le rendu final d’une photo (c’est du bon sens, mais un petit rappel ne fait pas de mal). Bien entendu, le prix de ce type d’optique n’est pas à la portée de toutes les bourses, mais nous ne parlons plus d’optique, mais d’orfèvrerie.
J’ai toujours préféré (adoré) certains vieux objectifs de la gamme X ; à savoir le 35mm F1.4 et le 56mm F1.2. Pourquoi me demanderez-vous ? Simplement parce qu’ils ont du caractère. Peu d’objectifs peuvent se prévaloir de cette qualité.

Sensibilité et dynamique du capteur

Quant aux hautes sensibilités, je n’y vois rien à y redire. Je ne fais plus de photos dans des endroits obscurs, comme à l’époque des mariages. Je n’ai donc pas besoin de très hautes sensibilités. Un peu de grain (ne confondons pas avec bruit) ne me gêne absolument pas. D’ailleurs, j’en ajoute une bonne dose sur mes portraits. Je trouve que cela donne un certain cachet et caractère (les goûts et les couleurs…)
Vous pouvez donc allègrement photographier à 6400 ISO voire plus tout en gardant des images parfaitement utilisables. Si vous comptez exposer en galerie, évitez de monter si haut.

La dynamique du nouveau capteur X-Trans CMOS 4 est excellente, et même meilleure que sur les capteurs précédents. Les hautes et basses lumières sont facilement récupérables (en RAW), ce qui ne doit pas vous empêcher de faire la meilleure photo possible à la prise de vue (encore une fois du bon sens…)
Le X-T3 propose, tout comme le X-H1, la nouvelle simulation de film Eterna. Simulation plutôt destinée à la vidéo, mais que j’apprécie beaucoup pour son côté neutre.

Vidéo

Ne faisant absolument pas de vidéo, je ne me vois pas déblatérer plus longuement sur ce sujet. D’autres l’ont fait bien mieux que moi. Monsieur Camera, par exemple.

Ce que j’aime

  • Son prix : 1399 €. Actuellement 1299 € avec le cashback jusqu’au 15.01.2019 — Fujifilm vous rembourse 100 €. Nettement moins coûteux que les X-H1, X-PRO2/3 et consorts au moment de leur sortie.
  • Sa qualité d’image : stratosphérique. Excellent rendu, couleurs sublimes, bonne dynamique et haute sensibilité.
  • Son autofocus : Fujifilm a écouté et a travaillé. L’AF a fait un grand bond en avant avec ce Fujifilm X-T3. Précis et rapide. Rien à redire.
  • Son ergonomie : meilleure que ses prédécesseurs, mais pas encore au même niveau que son cousin X-H1. La présence des molettes est toujours un plaisir et un réel atout en efficacité, même si certains diront le contraire.
  • Son look : même si c’est totalement subjectif, je craque devant ce beau jouet.
  • Son œilleton : parfait pour les porteurs de lunettes. Grand dégagement et confort absolu.
  • Son EVF : rapide, rapide et rapide. On a l’impression de mettre son oeil devant une mini télé 4K.
  • Sa qualité de fabrication : même si pour une fois, ce n’est pas un “made in Japan”, je n’ai pas remarqué de différence de qualité. Les trappes sont fixes et solides, ainsi que la qualité de construction générale. Du “made in China” de haut niveau.
  • Son écran tactile : pratique et efficace pour les différents accès, y compris le déclenchement dans certains positions incongrues.
  • Les mise à jour firmware qui améliorent grandement l’appareil au fil du temps.
  • La petite roue pour le réglage de la dioptrie dispose elle aussi d’un blocage poussoir afin d’éviter qu’elle ne tourne seule et se dérègle à chaque sortie du sac, comme c’était le cas avec le X-PRO2.
  • Disponible en noir et argenté, sans supplément de prix pour la version argentée (celle que j’ai choisie.)
  • Connexion à l’ordinateur en USB-C pour plus de rapidité et d’homogénéité.

Ce que je n’aime pas

  • Le prix de la poignée optionnelle à plus de 300 €. Elle est nécessaire pour les vidéastes. Même si elle apporte une autonomie de plus de 1100 photos, son prix reste prohibitif.
  • Sa prise en main : un peu moins bonne que celle du X-H1 qui a une poignée plus proéminente.

X-T3, X-H1 ou X-PRO3 ?

Question difficile s’il en est. Trois appareils qui se ressemblent, mais terriblement différents.

Pour le look et le côté 100% plaisir photo, j’opterais pour le
X-PRO3. Mais l’oeilleton de la série X-PRO ne me convient pas. Trop petit pour les porteurs de lunettes. Néanmoins, le tout nouveau (tout beau) X-PRO3 apporte une fois encore son lot de nouveautés/améliorations dont un autofocus amélioré (et qui apparemment voit encore mieux dans la pénombre), une nouvelle simulation de film et deux nouvelles finitions plus solides et durables. Ce dernier fait l’objet d’un article séparé.

Pour la prise en main, je choisirais le X-H1. Sa poignée légèrement plus proéminente offre une bien meilleure préhension et donc plus de confort sur les longues journées. Des trois appareils dont je vous parle ici, c’est le seul à proposer l’ancien capteur X-Trans 3. Bien que ça ne change pas grand chose en soit, il pourra paraître un peu daté pour certains, même s’il a de beaux restes : un bouton déclencheur des plus soyeux, un stabilisateur intégré (IBIS), un écran tactile et un écran de contrôle sur la partie supérieure droite.

Et enfin, pour le côté couteau suisse, je prendrais le X-T3.
Prix plancher, performances au top, (quasi) dernières nouveautés. Il peut tout faire, aussi bien sinon mieux que les deux autres.

Le mot de la fin

Comme je viens de l’écrire juste au-dessus, le Fujifilm X-T3 me semble, à l’heure actuelle, le plus polyvalent des boîtiers de la gamme X chez Fujifilm. Il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses, mais c’est le seul qui concentre le meilleur : performances (capteur X-Trans 4 et processeur X-PRO 4), prix (1399 €, sans cashback), nouveautés (AF, écran tactile, processeur et capteur, etc.)
Le Fujifilm X-T3 reprend la recette qui ont fait le succès des X-T1 et X-T2, sans lâcher du lest sur la qualité et les performances. La qualité d’image n’a pas perdu de sa superbe avec l’arrivée du nouveau capteur, que du contraire.
Un concentré du savoir-faire de Fujifilm dans quelques centimètres de métal. Une grande réussite.

Fujifilm X-T3
Fujifilm X-T3
Fujifilm X-T3
Fujifilm X-T3
Fujifilm X-T3
Fujifilm X-T3