Il m’a fallu du temps pour apprécier à leur juste valeur les appareils de la gamme Fujifilm X. Leur allure était ravageuse, mais les premiers modèles souffraient d’un gros problème d’autofocus. Avec le temps, les mises à jour du micrologiciel et la sortie de nouveaux modèles, ce problème a évolué dans le bon sens.

Dès les premières minutes passées avec le X-E2, il m’a semblé que Fujifilm était réellement à l’écoute de ses clients et surtout des professionnels. L’autofocus fonctionnait à merveille. Les défauts des précédents modèles semblaient avoir été effacés.

Il y a un peu plus de trois mois, j’entends parler de la sortie d’un nouveau modèle X. Aspect différent, viseur électronique révolutionnaire, résistant aux intempéries. Il n’en fallait pas plus pour me mettre l’eau à la bouche.

En attendant, je prenais goût à l’efficacité du X-E2 et à sa merveilleuse qualité d’image. Étais-je en train de tomber amoureux — c’est imagé ?

Après quelques essais personnels, je décide d’emporter le X-E2 sur un premier reportage. La peur au ventre et le Nikon D4 en renfort ; on ne sait jamais. Une fois ce premier reportage terminé, je me rends compte que j’ai utilisé le X-E2 presque la moitié du temps…

Je m’attaque ensuite à un projet photo personnel avec le seul X-E2 et le 35 mm F1.4.

Je voulais, avec ce projet, retourner à l’essentiel de la photographie, du moins à mes yeux, la simplicité. Un appareil, un photographe, un sujet.

J’ai été sidéré par les résultats obtenus grâce à ce petit appareil. Je n’ai pas été le seul, car la série a été vu plus de 15 000 fois en quelques jours sur le site behance.com.

Je teste enfin le X-E2 sur un mariage, toujours en renfort du Nikon D4. Une fois encore, le X-E2 a assuré et le D4 est resté tranquillement dans mon sac une grande partie de la journée. L’idée de me passer d’un appareil reflex continuait de faire son chemin dans ma tête. C’est une grosse décision à prendre et cela demande réflexion.

Fin janvier de cette année, Fuji annonce la sortie de son nouvel appareil X : le X-T1. Quelques jours plus tard, les avis et autres prises en main se succèdent sur le web et tous sont d’accord pour dire que le X-T1 est fabuleux. Le plus intrigant est que bon nombre de photographes professionnels n’utilisant que des appareils Fuji et plus aucun appareil reflex. Intéressant…

Je suis toujours en phase de réflexion.

Côté poids, le calcul est simple.

  • Nikon D4 + Nikon D800 + 35 mm F1.4 + 85 mm F1.4 + 50 mm F1.4 + flash + piles + 2 batteries + sac = ± 7 kg ;

  • Fuji X-T1 (x 2) + 23 mm F1.4 + 56 mm F1.2 + 35 mm F1.4 + flash + piles + 4 batteries + sac = ± 3 kg.

N.B. Il s’agit de deux systèmes bien différents et complémentaires.

La différence de poids est assez flagrante entre les deux types d’équipement. Durant 1 ou 2 heures, cela ne pose pas trop de problèmes, mais, sur toute une journée et toute une année, cette différence se fait ressentir.

L’investissement est aussi moindre. Ce sera à confirmer avec le temps. Un appareil comme le Nikon D4 est construit pour durer.

Je ne renie pas du tout le Nikon D4, qui reste, un appareil génial. Je me suis demandé si j’avais l’utilité d’un tel engin. Rarement, j’ai eu l’utilité de cette "mitraillette". En matière de qualité d’image, les Fujifilm X font aussi bien pour un budget moindre.

Ce changement radical implique des concessions et de nouvelles habitudes.

J’ai hésité à commander le nouveau Fujifilm X-T1 puis je me suis décidé. Il faut savoir se lancer. Un gros mois de patience et le voilà. Il est radicalement différent des autres appareils de la série X.

Il est, peut-être, ce que Nikon aurait dû faire avec son Df. Un appareil à l’allure rétro, petit, léger, où les réglages principaux sont à portée de main et au budget correct. 1 199 € pour le Fujifilm X-T1 contre 2 999 € pour le Nikon Df…

Je ne prends pas le temps de recharger la batterie, elle tiendra bien quelques photos ; je l’allume et je porte mon œil sur le fameux nouveau viseur électronique (EVF) et c’est le premier choc. J’y reviendrai plus tard.

Je décide de le tester sur le terrain vendredi passé. Reportage dans une concession automobile. Lumière bleue partout et atmosphère très sombre. Carton plein. L’AF ne patine pas, sauf à quelques rares exceptions, le suivi est impeccable malgré le peu de contraste — merci, la lumière bleue — et la qualité des images — JPG seulement — est sans appel.

Après les avoir regardées sur un écran d’ordinateur, ma décision est prise : je quitte Nikon pour Fujifilm.

J’ai réfléchi assez longuement. Je fonce.
Je ne vais pas vous décrire tous les détails techniques de l’appareil. D’autres l’ont fait avant moi. Il s’agira de mon ressenti.

J’aime

  • Sa taille : le Fujifilm X-T1 est assez petit. Entre le X-Pro1 et le X-E2. Et pourtant, il tombe parfaitement dans la main. La poignée est suffisamment épaisse pour des mains normales ;
  • Son poids : ± 450 grammes à la pesée avec batterie et carte mémoire. Ce n’est, selon moi, ni trop ni trop peu. Je n’ai pas eu l’impression d’avoir un appareil compact ou un jouet dans les mains. Le X-T1 a l’air costaud et résistant ;
  • Son aspect : personnellement, j’aime beaucoup les molettes sur le dessus de l’appareil. Au delà du look-rétro à la-mode, ça a un côté très pratique d’avoir les principaux réglages à portée de doigts. L’essentiel s’y trouve, sans devoir entrer dans les menus. Très pratique. Les molettes m’ont semblé solides et faciles à manœuvrer. Après quelques heures, on y prend vite goût, mais si c’est assez déroutant au début ;
  • Son viseur électronique : c’est sûrement le point fort du X-T1. Quel bonheur de mettre son œil devant ce minuscule écran et qui a pourtant l’air si grand. Toutes les informations utiles y apparaissent : ISO, vitesse, ouverture, etc. Plus fort encore lorsque l’on bascule l’appareil à la verticale, les infos basculent elles aussi. Autre gros avantage de l’EVF, il est possible, et même facile de faire des photos dans la pénombre. Ce que votre œil ne voit pas, l’appareil le voit. Les irréductibles Gaulois ne jurent que par la visée optique OVF. Je respecte, mais ils devraient essayer l’EVF du X-T1 avant d’en dire du mal ;
  • Son autofocus : c’était ma plus grande crainte. Fuji annonce l’AF le plus rapide au monde — verbiage publicitaire. Rien ne vaut un vrai test. En seulement 2 ans, Fuji est parvenu à éliminer le plus gros défaut de ses appareils : l’AF d’escargot. Sur le X-T1, l’AF est vif et réactif. Cela peut varier en fonction de l’objectif qui y est vissé mais c’est réactif. Je ne pense pas que le X-T1 soit prévu pour photographier des courses de F1 — laissons ça aux appareils prévus pour cet usage. Quoi qu’il en soit, l’AF a grandement été amélioré, même s’il reste du chemin à parcourir ;
  • Sa qualité d’image : autre énorme avantage des appareils Fujifilm, leur fameux capteur et l’hallucinante qualité d’image. Que ce soit en RAW ou en JPG, les images sont sensationnelles. La montée en ISO est très bonne. Le grain est plaisant à 3 200 ISO ;
  • Sa capacité à revenir à l’essentiel : pas de fioritures — sauf la vidéo qui est inutile pour ma part —, des molettes bien placées. Pour moi, les appareils Fuji X reviennent à l’essentiel. A savoir : prendre une photo ;
  • Son prix : 1 199 € pour autant de qualités, c’est plus que correct. Bien entendu, cela reste un budget. Certains diront que c’est trop cher pour un appareil compact ; ce que le Fujifilm X-T1 n’est pas ;
  • Son parc d’objectifs : tous les objectifs Fujinon que j’ai testés ont tous été excellents. Avec toutefois une légère réserve pour le zoom 18-55mm qui ne m’a pas convaincu malgré tout le bien qu’on en dit partout. Prix correct, superbe netteté dès la pleine ouverture, légère, petits ;
  • Sa trappe de carte : Fuji a eu la très bonne idée de placer la trappe pour la carte mémoire sur le côté du X-T1 et non pas en dessous comme c’est le cas sur le X-E2. Bien plus facile d’accès et plus pratique ;
  • Sa configuration : il est possible de configurer 6 boutons de raccourci sur le X-T1 en fonction de vos besoins et/ou envies ;
  • Son interactivité : l’application iOS est simple d’utilisation et permet de contrôler les principaux paramètres de l’appareil ;
  • La capacité d’écoute de Fujifilm.

Je n’aime pas

  • Ses boutons : trop petits et mal placés. Un détail qui peut être gênant. En particulier le bouton vidéo ;
  • Sa sangle : tout comme celle du X-E2, celle du X-T1 est moche et me déplaît beaucoup. Pourquoi ne pas avoir joué la carte du full rétro avec une belle sangle en cuir véritable ? Un détail, mais dommage ;
  • Son verrouillage : le bouton de verrouillage de la molette ISO est un peu pénible à l’utilisation. Fuji a placé une sorte de verrou afin d’éviter que la molette ne tourne seule, mais c’est très peu pratique ;
  • Ses RAW : dans ce cas-ci, l’appareil n’y est pour rien, mais les RAW du X-T1 ne sont pas lisibles sur Adobe Lightroom — il existe des tours de passe-passe ;
  • Sa molette multidirectionnelle : les quatre boutons de cette molette sont trop enfoncés dans l’appareil. Étant principalement utilisés avec le pouce, les boutons sont assez difficiles d’accès ;
  • Sa trappe batterie : elle est située sous l’appareil. Difficile d’accès et le clapet semble assez fragile. On verra sur la durée.

Pari fou, pari osé, pari insensé. C’est ce que beaucoup risquent de penser. Je ne regrette pas une seule seconde mon choix. Je l’ai mûrement réfléchi. En utilisant ces petits Fuji X, j’ai retrouvé doucement ce qui faisait que j’aimais la photographie. La simplicité. Un vrai retour aux sources, à la base, aux racines.

La taille de votre appareil photo ne fera pas de vous un meilleur photographe.
Personnellement, je me fiche du regard des autres. Pour moi, seul le résultat compte, peu importe l’outil. Actuellement, le Fujifilm X-T1 est l’appareil qui convient le mieux à mes besoins de photographe. Petit, léger, discret, rapide et performant en basse lumière.

Read my Fujifilm X-T1 review on Shotkit

Ma note sur 5

  • Performances : 4,5
  • Qualité d’image : 5
  • Fabrication : 4
  • Facilité d’utilisation : 4,5
  • Autofocus : 4
  • Côté cœur : 5
  • Prix : 4


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