Fujinon 50mm F1.0 2020

"The One", que l’on pourrait traduire par l’élu est la manière dont Fujifilm a baptisé son nouvel objectif Fujinon 50mm F1.0 (sans doute un fan de Matrix.)

"One", pour la grande ouverture à F1.0, mais aussi pour son côté unique puisque c’est le seul objectif au monde à disposer d’un autofocus à une telle ouverture. Une première, en somme. S’agit-il d’un joli coup publicitaire pour la marque d’avoir ce premier qui... ?

Un rêve

Quel photographe — au sens large du terme — n’a jamais rêvé d’un objectif F0.95, F1.0 ou F1.2 qui ne risque pas de le ruiner ? En photographie, très grande ouverture équivaut à très grand prix, jusqu’à aujourd’hui.

Les Noctilux 50mm F0.95 ou 75mm F1.25 de Leica, pour prendre les exemples les plus illustres, coûtent respectivement 11 000 € et 12 000 € et aucun des deux n’a d’autofocus.
Ce genre de prix fait bondir la plupart des gens. N’oublions qu’il s’agit d’optiques d’exception — et rares — où tout le savoir-faire d’une marque est à son apogée. J’ai pris des exemples extrêmes, car, malgré leur prix très élevé, la majorité d’entre nous en rêve.

Chez Canon, pour parler de prix accessibles (sans généraliser) les objectifs F1.2 coûtent entre 1 500 € et 2 600 €, tous deux avec autofocus.

Chez Nikon, comptez 2 500 € pour le Nikkor Z 50mm F1.2 S avec autofocus et 9 000 € pour le Nikkor Z 58mm F0.95 S Noct. qui n’a pas, lui non plus, d’autofocus.

Chez Fuji, le catalogue propose le désormais fameux 56mm F1.2 R, en version normale (999 €) ou APD (1 399 €) censée adoucir le bokeh — je n’ai pas été convaincu de la différence de rendu et de prix en essayant cette dernière version.

Quand 33 devient 50

Il y a des lustres, Fujifilm avait annoncé travailler sur le développement d’un objectif 33mm F1.0 (≃50mm) doté d’un autofocus. Une fameuse quantité de bave a dû couler chez la plupart des fujiistes dont je fais partie. Puis un jour, sans prévenir, le 33mm F1.0 s’est transformé en 50mm F1.0 (≃76mm).

Alors que le 33mm aurait été un objectif polyvalent, la focale de 50 mm l’a transformé en optique destinée au portrait ; ce qui n’était pas pour me déplaire. En effet, je suis un fan de la première heure du vieux 35mm F1.4 et de son rendu unique. Je ne voyais pas l’utilité d’un 33mm pour mon usage ; à part alourdir mon sac et alléger mon portefeuille.

Hors de prix ?

Lorsqu’on parle de F1.0, nous pensons tous immédiatement à son hypothétique prix. À l’annonce officielle du nouveau 50mm F1.0, une fois remis de mes émotions, j’ai commencé à réfléchir à son futur prix de vente. J’avais parié sur un prix entre 1 700 et 2 000 € et m’étais dit que je ne paierais pas plus de 2 000 € pour une focale fixe. Bien heureusement, je m’étais trompé, car Fujifilm l’a mis en vente à 1 599 €.

L’impatience était énorme. Un peu partout on en parlait, il était devenu la star du moment dans la galaxie Fujifilm. À ce moment précis, Fuji annonçait l’objectif le plus rapide au monde — comprenez F1.0 ou de très grande ouverture — doté d’un AF digne de ce nom.
Une première démonstration filmée nous avait alors tous laissé la bouche béante et la mâchoire par terre quant aux capacités de l’AF.

Qu’en est-il dans la réalité ?

J’aurais pu utiliser le terme "unboxing" tant à la mode. Il semblerait que la langue française n’ait pas le vocabulaire suffisant pour expliquer le fait d’ouvrir une boîte… (coup de gueule à peine voilé de l’auteur.)

En image, on se rend compte qu’il n’est pas aussi menu que les autres objectifs X Mount, mais une fois entre vos mains, il en va tout autrement.

Taille et poids

Le poids et la taille de la boîte m’ont rapidement mis la puce à l’oreille ; à savoir deux fois plus grande et quatre fois plus lourde que la boîte du 50mm F2.0… C’est en l’ouvrant et en découvrant le monstre que tout se met en place dans votre tête. Il est très gros et particulièrement lourd — pour un objectif Fujinon.

Observez le tableau ci-dessous pour une comparaison chiffrée entre les deux 50mm et le 56mm Fujinon.

Poids | Diamètre | Hauteur | Prix | Filtre
50 F1.0 | 845 g | 87,0 mm | 103,5 mm | 1599 € | 77 mm
50 F2.0 | 200 g | 60,0 mm | 59,4 mm | 499 € | 46 mm
56 F1.2 | 405 g | 73,2 mm | 69,7 mm | 999 € | 62 mm

Vous l’aurez sans doute constaté, Fujifilm propose trois modèles pour tous les goûts et toutes les bourses — les prix repris dans le tableau sont TTC et hors promotion. L’envie est grande de comparer bêtement ces trois objectifs sur base des chiffres. Néanmoins, je reste persuadé que chacun peut y trouver son compte selon ses besoins et/ou envies. Bien qu’en cas d’envie, le budget reste dans une boîte fermée dont on s’évertue à nier l’existence.

Ne tournons pas autour du pot, le 50mm F1 est massif. Aucun besoin d’effectuer des équations, cela se sent dès la première seconde. Il faut bien un grand fût pour insérer les différents verres qui vont constituer l’optique. Plus l’ouverture est grande (F1.0), plus les lentilles sont épaisses et lourdes. De plus, l’autofocus doit être capable de faire bouger l’ensemble afin de pouvoir faire la mise au point rapidement.

Notre 50mm F1 est fait de métal et de verre, pèse 845 grammes, tient dans une main — même s’il vaut mieux le tenir à deux — respire la qualité et le goût de la perfection. Il est parfaitement fini, rien ne bouge seul ni ne dépasse. Le verre avant est énorme — je parle toujours en comparant les autres objectifs fixes de la marque. Il nécessitera un filtre de 77mm (99 € pour un filtre Hoya 77mm HDx) ; les plus téméraires d’entre nous n’ont mettront pas.

Ergonomie

La bague d’ouverture est finement crantée et se bouge sans aucun effort tout en gardant une certaine dureté afin de ne pas vous retrouver à F16 lorsque vous souhaitez photographier à F1.0. Celle de mise au point (manuelle) est du même acabit, douce et sans à-coups.

Le 50mm F1 est WR, tout comme sa version F2.0. Cela signifie qu’il peut résister aux intempéries et à la poussière. Le 56mm F1.2 ne l’est pas. Cela ne m’a d’ailleurs jamais posé problème, quelles que soient les conditions. Comme, par exemple, ce voyage au Mexique, lors d’un mariage au cours duquel j’ai dû jongler entre la température extérieure de presque 40°C et intérieure de moins de 20°C — merci à l’air conditionnée. Ni les deux X-T1 ni les objectifs ne m’ont posé de lapin malgré les conditions violentes et l’énorme taux d’humidité alors que seul le 50-140mm F2.8 était WR à ce moment-là.

Pour résumer, cet objectif ne déroge pas à la règle chez Fujifilm : tout est parfait.

De manière générale, F1.0 équivaut à mise au point manuelle, comme les Noctilux de Leica ou autofocus en version petit gris de Namur narcoleptique. En somme, le fabricant a collé un AF pour pouvoir l’écrire sur ses boîtes et ses brochures, rien d’autre.

Autofocus

Qu’en est-il de celui qui nous occupe aujourd’hui ? J’avoue avoir eu une petite angoisse qui a heureusement vite disparu, car l’AF se comporte parfaitement bien. Rapide sans, toutefois, être dans le top 5 mondial, mais suffisamment véloce pour ne pas rater le point sur 95 % de vos photos.

Bien entendu, il faudra prêter une grande attention à votre mise au point lorsque vous photographierez à F1.0, car la profondeur de champ est minuscule et le moindre souffle pourra vous faire passer de l’œil au sourcil… Il convient d’être délicat, précis et patient.

Rendu

Compte tenu de son prix et de son aura, je m’attendais à d’excellents résultats ; comme tous ceux qui achètent un objectif neuf, me direz-vous. Pour être honnête, le F1.0 m’inquiétait, car ce genre d’ouverture extrême donne des résultats mitigés et des photos molles à pleine ouverture alors que l’on achète ce type d’objectifs pour cette utilisation précise. Comme je l’ai déjà écrit, je ne cherche pas à obtenir des images chirurgicales, au piqué irréprochable et tout ce qui fait monter le kiki des coupeurs de cheveux en quatre.

Je monte l’objectif sur le X-T3 en lieu et place du 35mm F1.4 — que je conserve précieusement — et prends les premières photos pour ce premier test du 50mm F1.0. Je regarde les premières images sur l’écran de l’appareil et ce que je vois me laisse entrevoir de la superbe. Un léger frisson court le long de ma moelle épinière.
J’ai privilégié le X-T3 au X-Pro3, car l’ensemble m’a semblé mieux en adéquation. Toutefois, le 50mm fonctionne parfaitement sur les deux appareils.

Qualité d'image

Une fois la séance photo terminée, je m’empresse de charger les images sur mon Mac afin de pouvoir les regarder en grand. Je me mets à zoomer sur certaines images à 100 % afin de vérifier les détails. Je suis éberlué de voir la qualité des images, en particulier à pleine ouverture. J’ai aussi des ratés, car la mise au point à F1.0 n’est pas évidente à réaliser et je n’ai pas l’habitude d’utiliser de si grandes ouvertures.

Le piqué m’a semblé très correct au centre. Les couleurs sont justes et respectées. La rumeur que j’avais lue auparavant se confirme : le 50mm F1.0 a lui aussi ce rendu typique des anciennes optiques comme le 35mm F1.4 et le 60mm F2.4 macro. Mes yeux sont au paradis, c’est superbe.

Je ne dis pas que cet objectif est exempt de défauts. Ce n’est pas dans mes habitudes de tester un objectif de fond en comble avec tout un tas de graphiques. Je me contente de ce que je vois et ressens. Dans ce cas-ci, le 50mm F1.0 correspond à mes attentes, à savoir une magnifique optique destinée aux portraits.

Bokeh

Je vais essayer d’être bref. Le bokeh était l’une des grandes promesses de ce Fujinon 50mm F1.0. Avec une telle ouverture, j’ai de suite pensé à bokeh miraculeux, flou d’arrière - ou d’avant - plan crémeux à souhait ; bref bokehlicious™.

Néanmoins, j’avais une petite crainte quant à son rendu, car, ayant eu l’occasion d’essayer un fameux 105mm F1.4 d’une autre marque, qualifié lui aussi de "roi du bokeh", j’ai été déçu du résultat que je qualifierais de dégoulinant ; pour ma part, cela ressemblait plus à un amas de couleurs explosées les unes contre les autres.

Dès la première image, j’ai su que cet objectif était fait pour moi et ce pour quoi j’avais décidé de l’acquérir : son flou d’arrière plan est doux, délicat et subtilement mis en forme par les 12 éléments qui le constituent.

Plus prononcé que celui du 56mm F1.2 ou que celui de sa version F2.0 ; il me fait plus penser au bokeh du Nikkor 58mm F1.4 qui avait lui aussi un superbe rendu à ce niveau.

Equilibré

Inutile de vous mettre au culturisme pour utiliser ce 50mm F1.0. Il est utilisable à une main, même si deux mains sont préférables pour une meilleure stabilité.
À l’époque, j’avais émis un doute, dans l’article à-propos du 50-140mm F2.8 quant au respect de la philosophie de la légèreté apportée par les appareils hybrides. Aujourd’hui, je ne suis plus si attaché à cet aspect de poids. Je n’y ai d’ailleurs pas pensé en commandant le 50mm alors que je savais que ce ne serait pas un poids plume.
Je trouve qu’il s’équilibre bien sur le X-T3 et le X-Pro3 ; et même encore mieux avec les petites poignées que je leur ai ajoutées. Évitez toutefois les appareils type X-S10, X-T30 ou X-T200, car l’objectif sera plus haut que l’appareil et deux fois lourd.

56/1.2 vs 50/1.0 vs 50/2.0

Inévitable comparaisons ou questions qui sont posées entre ces trois cousins que sont les 50mm F1, F2 ou 56mm F1.2. À part des caractéristiques différentes, ces objectifs sont à la fois différents et très semblables de par leur utilisation, et en particulier leur prix respectif.

Le plus ancien des trois, le 56mm coûte 999 € et se situe au milieu de la gamme de prix variant de 499 € pour la version F2.0 à 1 599 € pour le 50mm F1.0. Notez que Fujifilm fait de nombreux cashbacks en cours d’année. Il est possible d’obtenir une réduction allant de 50 à 400 € en fonction des appareils/objectifs et des combinaisons disponibles.

Il n’est point question de qualité, car les trois sont tous d’excellente facture, juste de votre budget. Si votre choix est de raison, le 50mm F2 sera un fidèle mini-téléobjectif, bon à tout faire et tout temps. Le choix du cœur vous mènera sûrement vers le 56mm F1.2 ou le 50mm F1, tous deux destinés à la photo de portraits sur lesquelles le bokeh sera crémeux à souhait, il suffit de prendre en compte les 600 € qui les séparent.

Dans ce cas présent, vous constaterez aussi une grosse différence entre nos trois optiques. Comme stipulé dans le tableau en début d’article, leur poids varie du simple au double voire au quadruple. Si votre dada est de voyager léger, sac à dos sur le dos, vous opterez pour les 200 grammes du petit et léger 50mm F2.
Si, comme moi, vous transportez votre matériel sur de petites distances ou que vous vous moquez du poids, vous aurez le choix entre les 405 g du 56mm ou les 845 g du 50mm F1.0. Poids, qui, finalement, ne changera rien à votre plaisir d’utilisation.

Le rendu est excellent avec les trois objectifs. Le 50mm F1.0 a, quant à lui, une sorte de "patine magique" que peu d’entre eux ont ; tout comme les 35mm F1.4 et 60mm F2.4. Son rendu est différent de celui du 50mm F2 qui me semble lui plus chirurgical (ce qui n’enlève rien à ses qualités). Le 56mm a un rendu plus doux et légèrement plus mou à pleine ouverture — j’ergote un peu. Il me semble que ces petits défauts ont été corrigés sur le récent 50mm F1. La qualité d’image est merveilleuse, peu importe la situation et le sujet — et je reste objectif.

J'aime

  • Son bokeh : une pure merveille ;
  • Son poids : l’objectif n’est pas léger, mais s’adapte très bien aux appareils, sans déséquilibre ;
  • Sa qualité d’image, son rendu : plus que digne de Fujifilm ;
  • Son autofocus : pas le plus performant parmi les Fujinon, mais loin devant celui du 56mm F1.2. Une belle performance compte tenu de la masse de lentilles à bouger ;
  • Sa qualité de fabrication : tout tient en place, est calé au millimètre… parfait ;
  • Son prix : 1 599 € reste une somme très correcte pour un objectif avec une telle ouverture.

Je n'aime pas

  • Son prix : un peu élevé dans la gamme, mais cela reste une optique d’exception ;
  • Son poids : trop élevé pour les appareils plus petits.

Le mot de la fin

Je l’ai attendu longuement et patiemment, entre doutes et certitudes. Doutes quant à son prix, sa qualité à pleine ouverture (F1.0), sa taille. Allait-il être à la hauteur ? Certitudes pour sa qualité de fabrication et sa qualité d’image. Il est enfin là, des doutes se sont évaporés et des certitudes se sont ajoutées. J’avais prêté attention à une des premières rumeurs lors des premiers essais : son rendu "vieille école" des premiers objectifs XF. C’est tout à fait ce que je recherche dans un objectif : du caractère et ce rendu organique. Le 50mm F1 les a tous les deux, sans parler de cette magnifique qualité d’image dès F1.0. Étonnant et magique. Un immense coup de coeur.

Ma note sur 5

  • Autofocus : 5
  • Côté coeur : 5
  • Fabrication : 5
  • Prix : 4
  • Rendu/image : 5


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