X-Pro3 ou X-T4 ?

Jusqu'à présent, je suis parvenu à éviter les titres tels que "Les 10 meilleures façons d'utiliser votre Fuji" et j'en passe. Je n'ai pas vocation à conseiller ; je ne suis ni spécialiste ni expert. J'ai commencé à écrire des articles à propos de Fujifilm, sur mon premier blog, aujourd'hui disparu, vers 2011-2012. J'ai même récupéré certains des premiers articles sur l'actuel. Même si c'est une activité chronophage, l'écriture de ces articles a toujours été un plaisir et c'est presque devenu une passion.

Image © fujifilm-x.com

Qui est visé ?

Le X-Pro3 est un appareil qui met la photographie en avant. Le slogan qui l’accompagnait lors de son lancement était "Pure photography" qui signifie "photographie pure". Je pense que l’idée est assez claire et sans aucune équivoque. Bien qu’il puisse filmer en 4K, comme le X-T4, on voit très clairement que seule la photographie est mise en avant. La page de présentation du X-Pro3 sur le site du constructeur, ne fait aucune mention à la vidéo.

Fujifilm le classe clairement comme un appareil photo, plutôt à l’ancienne qui "force" le photographe à se concentrer sur la composition. Je veux pour preuve l’écran caché, ce qui ne serait jamais le cas s’il était destiné à un usage vidéo. L’appareil est tout sauf tape-à-l’œil puisqu’il s’agit d’une simple boîte noire, librement inspirée d’un Leica M, qui lui non plus n’est pas vraiment destiné à la vidéo.

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Quant au X-T4, son slogan est "Photography in motion" qui veut dire "photographie en mouvement". Aucune ambiguïté dans le discours puisque la marque montre clairement dans quelle direction elle va avec cet appareil : la vidéo. Bien entendu, la photo n’est pas oubliée, mais elle fait clairement un pas de côté. D’ailleurs, pour la première fois sur un appareil Fujifilm X, il existe un bouton "Still/Movie" pour passer de la photo à la vidéo en un simple clic. Le X-T4 a aussi un stabilisateur intégré, nouvelle génération, lui aussi destiné à la vidéo (même s’il peut s’avérer utile en photo).

Contrairement au X-Pro3 qui pousse la photographie en avant, le X-T4 fait l’inverse, sans toutefois oublier le côté photo pour ne pas se mettre certaines personnes à dos et donc plomber les ventes. À moins d’être aveugle, on sait où l’on va en choisissant le X-T4. D’ailleurs, Fujifilm a laissé le X-T3, nettement moins cher que sa quatrième version au catalogue, et lui, beaucoup plus photo que vidéo.

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Ergonomie

Les deux appareils sont bien construits, rien à redire. Et même si le X-Pro3 est fabriqué au Japon tandis que le X-T4 l’est en Chine, je ne constate aucune différence au niveau des finitions. Rien de visible à l’œil nu.

Par contre, dans les deux cas, les versions argentées ont un air plus bas de gamme et en particulier sur le X-Pro3 car les boutons arrière sont noirs et non de la couleur du boîtier. C’est un détail, mais à 1 800 €, ça me dérange un peu. Les deux autres versions ne souffrent pas de ce petit défaut.

Hormis ce détail, c’est un presque sans faute. Le X-Pro3 m’a toujours donné une meilleure impression. J’imagine que cela est dû à sa forme très simple "qui risque moins de...". Je n’ai, par ailleurs, jamais connu de problème avec le X-T3 ou 4 quant à leur solidité, et ce même si les mauvaises langues diront qu’ils sont "made in China"...

Ils ont tout deux une bonne préhension, sans l’ajout d’une poignée, mais sur ce terrain, le X-T bat le X-Pro. Il tombe plus naturellement dans la main. Par contre, l’ajout de la poignée MHG-XPRO3 sur le X-Pro3 améliore grandement son confort. Votre petit doigt ne se baladera plus, perdu, sous l’appareil tandis que sa poignée tombera bien mieux dans votre paume.

Les boutons et autres molettes sont du même acabit, sur les deux boîtiers. Toutes facilement accessibles et suffisamment fermes pour ne pas tourner sans qu’on leur ait demandé.

Dans le deux cas, l’écran est protégé. Celui du X-Pro3 est tourné vers l’appareil et se déplie vers le bas lorsqu’on le sollicite. Celui du X-T4 se retourne complètement pour se fixer "écran vers soi, dos à l’appareil" ou carrément vers l’extérieur pour pouvoir se filmer tout en se voyant. Pratique si on s’aime, moins pratique si on veut conserver l’écran intact et attaché à l’appareil. Le X-Pro3 a quant à lui, un petit écran supplémentaire au dos de l’écran principal qui sert à indiquer la simulation de film utilisée et d’autres petites informations intéressantes (ISO, balance des blancs, etc.)

Pour ma part, je trouve dommage que Fujifilm ait cédé aux sirènes du vlogging en adoptant ce type d’écran "extérieur" sur le X-T4.

À l’utilisation

Comme je l’ai écrit plus haut, les deux appareils s’adressent à deux clientèles différentes. Leur approche globale et leur philosophie sont diamétralement opposées.

Outre la différence photo/vidéo, le X-Pro3 s’adresse aux amoureux de la photographie, aux utilisateurs de petits objectifs (35mm F2, 23mm F2, 16mm F2.8), même s’il est tout à fait utilisable avec un 100-400mm, aux photographes de rue (c’est la réputation qu’on lui donne), aux timides (difficile de faire plus discret) et enfin aux nostalgiques d’une autre époque car son allure rappelle certains appareils d’antan.

Quoi qu’il en soit, l’appareil est facile à utiliser au quotidien, en vacances, ou lors de reportages (si c’est votre job). Son autofocus est très réactif et largement comparable à celui du X-T4 (je n’ai senti aucune différence entre les deux), sans parler de son charme rétro-cool qui me fait fondre à chaque fois (avis purement subjectif).

Quant au X-T4, c’est plus une Lamborghini qu’une Bentley (pour l’image), car il est vendu comme tel. On entend/voit/lit souvent les termes "performance" et "puissance" à son sujet. La gamme X-T a été lancée en 2014 pour concurrencer les appareils de type reflex. Même si les premiers Fuji hybrides étaient très performants, ils étaient encore loin d’égaler les appareils à miroir à cette époque-là, en particulier du point de vue de l’autofocus. Depuis, d’énormes progrès ont été faits et les reflex sont doucement en voie de disparition.

Ceux qui me connaissent ou ont lu mes articles savent que je suis un amateur des X-T. J’ai eu les quatre versions et je les ai toutes utilisées, certaines même professionnellement, et toutes poussées dans leurs retranchements. Comme le X-Pro3, le X-T4 est un appareil simple et plaisant à utiliser. Tout est à portée de doigt et même si les menus sont plus fournis qu’il y a huit ans, un Fuji reste un Fuji.

Les différences

  • Le viseur électronique : techniquement identiques sur les deux modèles, l’EVF a une résolution de 3,69 MP, mais pratiquement, il n’y a pas match, car l’œilleton du X-T4 est bien plus confortable que celui du X-Pro3 ; et en particulier si vous portez des lunettes. Le viseur du X-T4 a une magnification (grossissement) de 0,75 x contre 0,66 x pour son concurrent. Pas grand-chose sur le papier, mais un petit confort en plus à l’usage.

  • Le viseur hybride du X-Pro3 : contrairement au X-T4 qui n’a qu’un viseur électronique, le X-Pro3 dispose aussi et en plus d’un viseur optique. Ce dernier peut s’avérer très pratique lorsque vous devez photographier au flash dans un environnement sombre puisqu’il vous permettra de voir la scène telle qu’elle est alors que le viseur électronique risque d’être trop sombre pour ce faire. Pas essentiel, mais pratique.

  • L’écran arrière : caché dans les deux cas. Dépliable vers le bas, à 180° sur le X-Pro3 afin d’accéder plus facilement aux menus ou pour consulter les images. Peu pratique lorsque l’appareil est monté sur un trépied, que vous voulez photographier les bras en l’air ou encore à ras du sol (il faudra se salir). Je ne pense pas que le X-Pro3 ait été pensé dans ce sens. Sur le X-T4, l’écran se déplie complètement sur le côté gauche. Cela m’a donné une impression de fragilité extrême et je n’ai pas trouvé pratique cette extension/protubérance sur le côté. Par contre, il peut se replier et se coller dans le dos de l’appareil de manière traditionnelle.

  • La forme : "look Leica" ultra discret, brique noir pour le X-Pro3 contre look reflex pour le X-T4. Question de goûts.

  • Le prix (hors promo) : 1 899 € (version noire)/2 099 € versions Duratect pour le X-Pro3, contre 1 799 € pour le X-T4. Pour l’un comme pour l’autre, des tarifs drôlement en hausse par rapport aux versions précédentes.

  • La molette des sensibilités : sur le X-T4, la molette se trouve en haut à droite et est directement accessible, tandis que sur le X-Pro3, elle est mélangée à la molette des vitesses d’obturation. Il faut du temps pour s’y habituer. Ça ressemble étrangement au système sur les anciens appareils. À la différence qu’une fois que vous chargiez votre film (400 ASA), vous ne touchiez plus le réglage. Sur un appareil actuel, en fonction des conditions, vous le changez plus régulièrement.

  • Les performances vidéo : comme je l’ai écrit plus haut, le X-T4 est plus orienté vidéo. Il peut filmer en 4K (4096x2160) à 60 images/seconde durant 20 minutes. Le X-Pro3 peut, lui, filmer en 4 k (4096x2160) à 30 images/seconde durant 15 minutes.

  • Confort avec les "grosses" optiques : Le X-Pro3 est plutôt destiné aux petits objectifs légers, moins aux zooms, nettement plus longs, gros et lourds. Mais l’un n’empêche pas l’autre. Le X-T4, quant à lui, semble être taillé pour les grandes optiques, telles que le 50-40mm ou le 100-400mm, à condition de le marier à sa grosse, lourde et moche poignée VG-XT4 à plus de 300 €. L’ensemble devient alors franchement (très) lourd et (très) cher. Question de besoin et de point de vue.

  • La batterie : le X-Pro3 utilise l’éternelle batterie NP-W126S (± 400 photos selon Fuji), tandis que le X-T4 a droit à une nouvelle batterie NP-W235, plus grosse et performante (± 600 photos selon Fuji). Chacune ayant ses avantages : celle du X-Pro3 peut être utilisée avec presque tous les appareils de la gamme et aucun besoin de racheter un chargeur si vous l’avez déjà. Celle du X-T4 a une meilleure autonomie.

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Les points communs

  • Le plaisir d’utilisation : que vous aimiez une Kawasaki Ninja 1000 RS ou une Harley-Davidson, cela reste une moto et bien souvent, même si l’utilisation sera différente, le plaisir sera le même. C’est ce que ces deux Fuji m’inspirent. Quoi qu’on en fasse, le plaisir est identique, même si les utilisations divergent.

  • Capteur/processeur : 23,5mm×15,6mm (APS-C) X-Trans CMOS 4 et X-Processor 4. Pour ma part, aucune différence au niveau de la qualité des images ou de la sensibilité. Techniquement, les appareils sont très proches si on compare leur fiche technique respective.

  • L’écran protégé : même si une fois déployés, ils sont très différents, lorsqu’ils sont "au repos", ils sont contre l’appareil et donc protégés des vilains coups et autres griffes. Ce qui n’est pas pour me déplaire.

Ce que j’aime

Sur le X-T4 :

  • Le grand œilleton, clair et pratique avec des lunettes.
  • La nouvelle et plus endurante batterie.
  • L’utilisation avec de grosses optiques.
  • Les principales molettes (sensibilité, vitesses, compensation d’expo) accessibles directement.
  • Son excellente prise en main (avec ou sans poignée).
  • Son stabilisateur intégré (IBIS).
  • Le superbe parc optique Fujinon (+ les marques tierces).

Sur le X-Pro3 :

  • Son look, son charme fou (très très très subjectif).
  • Sa batterie et chargeur compatibles avec tous les précédents modèles.
  • Les principales molettes (sensibilité, vitesses, compensation d’expo) accessibles directement, avec un léger bémol pour la molette ISO.
  • Sa discrétion à toute épreuve.
  • Son aspect "Leica". Vous verrez les connaisseurs vous approcheront plus facilement, avec une grande curiosité.
  • Le petit écran informatif à l’arrière de l’écran principal.
  • Son œilleton hybride (OVF/EVF).
  • Le superbe parc optique Fujinon (+ les marques tierces).

Ce que j’aime moins

Sur le X-T4 :

  • Cet horrible façon qu’à l’écran de se déployer sur le côté.
  • L’énorme, lourde et chère poignée, presque indispensable, pour la vidéo et les "grosses" optiques.
  • Le chargeur de batterie n’est plus fourni avec l’appareil. Fujifilm considère que vous pouvez le charger via le port USB-C.
  • L’aspect plastique de la version argentée.

Sur le X-Pro3 :

  • La molette ISO mélangée à la molette de vitesse. Clin d’œil à l’ancien au détriment de la praticité.
  • Pour une bonne (et meilleure) prise en main, la petite poignée MHG-XPRO3 est recommandée.
  • Le chargeur de batterie n’est plus fourni avec l’appareil. Fujifilm considère que vous pouvez le charger via le port USB-C.
  • L’œilleton plus petit et moins pratique si vous portez des lunettes.

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Le choix final

Choix difficile et purement subjectif que le X-Pro3 ou le X-T4. Pour ma part, j’ai revendu mon X-T4 pour un X-Pro3 récemment. Malgré toutes ses qualités, je trouvais le X-T4 sans charme et son écran bizarre me dérangeait profondément ; un détail me direz-vous, mais qui a son importance (pour moi).
Je l’ai déjà écrit plusieurs fois : je préfère la philosophie X-Pro car elle est bien plus orientée "photographie". Ne faisant absolument pas de vidéo, les petits plus du X-T4 dans ce domaine me laissent de marbre.
Que vous choisissiez l’un ou l’autre, en fonction de vos besoins, vous ne serez pas déçu et vous aurez beaucoup de plaisir à photographier, car, au final, c’est ce qui compte le plus.

Écrit et publié par Frédéric Frognier, le 26.01.2022. Tous droits réservés.